Blog RoboDooH

Contre l'Autisme, la démence, Alzheimer, et la solitude
Au-delà de la Science-Fiction

Oubliez les fantasmes de science-fiction. L’image du robot froid, destiné à nous remplacer sur les chaînes de montage ou à nous dominer dans un futur dystopique, est profondément ancrée dans notre imaginaire. Mais cette vision passe à côté de l’essentiel. La révolution robotique la plus profonde, la plus humaine, ne se joue pas dans les usines, mais dans le soin.
La mission des robots n'est pas de nous remplacer, mais de nous guérir.
Loin des clichés, des projets bien réels explorent aujourd’hui la capacité des robots à soigner, créer du lien et nous reconnecter à nous-mêmes. Cet article explore cinq applications concrètes et surprenantes de la robotique sociale qui ne se contentent pas d’innover, mais nous forcent à redéfinir ce que signifie être humain.

1. Ce Robot Ne Rappelle Pas les Souvenirs, Il Aide à les Reconstruire

Pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, la perte des souvenirs personnels est une lente tragédie qui effrite l’identité et détruit les liens sociaux. Face à cela, l’équipe de Peter Dominey, chercheur au CNRS, utilise le robot Pepper non comme un gadget, mais comme un « collaborateur psychologique et social ».
Son fonctionnement est d’une subtilité remarquable. Dans un premier temps, le patient raconte ses souvenirs au robot : des noms, des lieux, des événements. Pepper ne se contente pas d’enregistrer passivement ; grâce à ses algorithmes, il écoute, ordonne et hiérarchise ces fragments de vie.
C’est là que la magie opère. Le soir, ce n’est pas le robot qui rappelle au patient ce qu’il a fait, mais l’inverse. Le patient est invité à raconter sa journée à Pepper pour la consolider. Par exemple, il pourra lui dire : « Aujourd’hui, j’ai déjeuné avec mon amie Jeanne au restaurant japonais, et nous avons évoqué nos souvenirs d’université ». En devenant le narrateur de sa propre vie face à un auditeur infaillible, le patient réactive et renforce ses propres circuits neuronaux. La machine n’est pas une prothèse qui se souvient à la place du patient ; elle devient un partenaire qui l’aide à reparcourir les chemins de sa propre histoire.
2. La Logique Froide d'un Robot, Clé des Émotions Humaines
Le visage humain est une tempête d’informations : micro-expressions, intonations, regards. Pour un enfant atteint de troubles du spectre autistique (TSA), cette complexité est une source d’anxiété qui bloque l’interaction. Paradoxalement, c’est la simplicité d’un robot qui devient son plus grand atout. Il offre une interaction « sans surprise, prévisible, structurée et exempte de jugement », bâtissant une arène d’apprentissage où la peur de l’échec social n’existe pas.
Le robot Reeti, par exemple, affiche des émotions de base (joie, tristesse) et demande à l’enfant de les identifier, puis de les imiter. Le robot QT, quant à lui, a réussi là où des années de thérapie peinaient : des parents témoignent que c’est lui qui a appris à leur fils à « dire bonjour de la main ».
Le secret réside dans le concept de « relation triangulaire ». L’enfant apprend une compétence avec le robot, dans un cadre sécurisant. Puis, le robot lui-même l’invite à pratiquer cette nouvelle compétence avec un partenaire humain, parent ou thérapeute. Le robot n’est pas un substitut à l’humain, mais un médiateur, un décodeur qui traduit le chaos du monde social en leçons simples et assimilables, construisant un pont vers les autres.
3. Pour Guérir son Corps, Enfilez Celui d'un Robot
Imaginez pouvoir littéralement sortir de votre corps pour l’observer à distance, sans jugement. Cette expérience, digne d’un roman de Philip K. Dick, est une réalité au laboratoire de l’Inserm, où des chercheurs utilisent le robot iCub pour explorer de nouvelles voies thérapeutiques face aux troubles du rapport au corps, comme l’anorexie ou l’obésité.
La technologie est totalement immersive. Un casque de réalité virtuelle plonge le « pilote » dans la vision du robot, tandis que des capteurs de mouvement reproduisent chacun de ses gestes sur le corps de l’androïde, à l’identique. En quelques instants, le sentiment d’incarnation est total.
La finalité de cette recherche est de créer un complément révolutionnaire aux psychothérapies, en offrant une prise de recul inédite, comme l’explique le chercheur P.F. Dominey.
« En positionnant un miroir devant le robot et en ouvrant mes yeux, je suis incarné dans une autre peau qui effectue les mêmes mouvements que moi. Cela facilite la prise de recul dont je peux avoir besoin par rapport à mon corps. »
Cette dissociation littérale permet d’observer son enveloppe corporelle comme un objet extérieur, de la mouvoir et de l’analyser sans le poids de la souffrance psychique qui y est associée. C’est une manière de pirater notre propre perception pour reconstruire une relation plus saine avec soi-même.
4. Ce Chiot Robot Pourrait Bientôt Figurer sur Votre Ordonnance

L’histoire de Jenny, le chiot robotique, est née d’une douleur personnelle. Lorsque la mère de son créateur, Tom Stevens, a été diagnostiquée avec la maladie d’Alzheimer, il a dû lui retirer son chien pour des raisons de sécurité. Le chagrin de sa mère lui a inspiré une mission : créer un compagnon affectif et sécurisé. Jenny, conçu pour se comporter comme un chiot Labrador de 8 à 10 semaines, est le fruit de cette quête.
Bien plus qu’un jouet, Jenny est un dispositif médical en devenir, doté de caractéristiques stupéfiantes :
· Conçu comme un « lap dog » : Placé sur les genoux, il procure un contact rassurant sans créer le risque de chute que représente un animal se déplaçant au sol.
· Vise à devenir un « dispositif médical FDA » : L’objectif est une reconnaissance officielle par les autorités de santé américaines, lui permettant d’être prescrit par un médecin.
· Objectif clinique : Réduire le besoin en médicaments psychotropes pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.
· Design hyper-réaliste : Pour un impact émotionnel maximal, son apparence a été confiée au Jim Henson’s Creature Shop, les maîtres marionnettistes derrière le Muppet Show.
Cette approche est validée par d’autres succès, comme celui du robot Paro. L’apparence de ce bébé phoque a prouvé son efficacité pour apaiser l’anxiété des patients en gériatrie, menant même à une diminution de l’utilisation de traitements psychotropes et antalgiques. Le message est clair : les robots de soin les plus révolutionnaires ne sont pas forcément des humanoïdes complexes, mais des créatures capables de répondre à notre besoin le plus fondamental : le contact et l’affection.
5. L'Expérience Qui Prouve que Vous Ne Pourriez Pas Tuer un Robot
Seriez-vous capable de faire du mal à une machine ? La chercheuse du MIT Kate Darling a apporté une réponse troublante à cette question. Dans une expérience, elle a confié à des participants des dinosaures robotisés, les Pleo, capables de réagir aux caresses et d’exprimer des « besoins ».
En une heure à peine, les participants avaient tissé un lien affectif avec leur créature. C’est alors que la consigne choquante est tombée : ils devaient maltraiter et « tuer » leur robot. Tous, sans exception, ont refusé. Contraints de négocier, ils ont accepté à contrecœur d’en sacrifier un seul pour sauver les autres.
Cette empathie puissante, presque instantanée, n'est pas qu'une curiosité ; c'est un outil de design. Et comme tout outil, il peut servir à construire ou à renforcer, ce qui soulève des questions éthiques profondes sur ce que nous nous programmons à ressentir, comme le souligne la chercheuse Laurence Devillers. Elle nous alerte sur le fait que le design des robots n’est jamais neutre et peut renforcer les pires stéréotypes sociaux, notamment de genre. L’empathie que nous projetons si facilement sur ces machines peut être exploitée, faisant de nous les complices involontaires des biais de leurs créateurs.
Conclusion : Plus Humains grâce aux Robots ?
Loin de nous déshumaniser, la robotique thérapeutique agit comme un miroir. Elle nous révèle des facettes insoupçonnées de nos besoins les plus profonds : préserver nos souvenirs pour exister, simplifier le monde pour nous connecter, et notre capacité quasi infinie à l’empathie. Ces machines nous montrent ce qui nous rend vulnérables, et donc humains, que ce soit en enfilant le corps d'un robot pour guérir le nôtre, ou en refusant de faire du mal à un dinosaure en plastique que l'on vient de rencontrer. Alors que nous concevons des machines pour prendre soin de nous, la question la plus importante n'est peut-être pas ce que les robots peuvent devenir, mais bien ce qu'ils nous révèlent sur ce que signifie, vraiment, être humain.















https://www.eib.org/fr/stories/artificial-intelligence-education-robot
https://www.bluefrogrobotics.com/fr/buddy-compagnon-des-enfants-autistes
https://leblob.fr/videos/des-robots-intelligents-pour-les-enfants-autistes
